Toucher tout son chômage en une seule fois : Démarches, avantages et inconvénients

Créer ou reprendre une entreprise peut nécessiter l'injection d'un capital important. En cas de perte d'emploi, vos indemnités chômage peuvent vous être versés en une fois pour aider votre investissement. Vie Adulte vous explique tout !

VIE PROFESSIONNELLE

La perte d’un emploi peut être l’occasion de tester de nouvelles voies professionnelles, comme créer son entreprise. Pour construire ce type de projet, il faut se poser une question très pratique : vaut-il mieux percevoir ses allocations chômage mois après mois, ou les encaisser en une seule fois pour financer son lancement ? Ce choix, encadré par France Travail, repose sur un dispositif précis appelé l'ARCE, l'Aide à la Reprise et à la Création d'Entreprise. Voici tout ce qu'il faut savoir avant de se décider, à jour des nouvelles règles en vigueur depuis avril 2025.

Qu'est-ce que l'ARCE et qui peut en bénéficier ?

L'Aide à la Reprise et la Création d’Entreprise (ARCE) permet de recevoir, en deux fois, un capital dont le montant correspond aux droits restants de l'allocation chômage (ARE, comprenez Aide au Retour à l’Emploi). Ainsi, cette aide n'est possible qu'à la suite de certains types d'interruption de contrat de travail comme la rupture conventionnelle ou encore le licenciement, Elle ne peut pas être versée en parallèle de l'ARE : les deux dispositifs sont exclusifs.

✅ Pour y prétendre, trois conditions cumulatives sont exigées :

  • il faut avoir créé ou repris une entreprise en France après la fin de son contrat de travail,

  • être éligible pour bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE),

  • et avoir obtenu l'ACRE, l’Aide à la Création et à la Reprise d’Entreprise, une exonération partielle ou totale de charges sociales pendant un an accordée aux nouveaux entrepreneurs.

❌ Ne sont en revanche pas concernés les salariés privés d'emploi qui ont repris ou créé une entreprise avant la fin de leur contrat de travail. Ces derniers peuvent bénéficier du dispositif de cumul de leur allocation avec les revenus issus de l'activité non salariée.

💡 Une précision importante depuis novembre 2019 : les salariés qui démissionnent pour créer ou reprendre une entreprise peuvent désormais avoir droit au chômage, sous certaines conditions :

  • être titulaire d'un CDI,

  • avoir travaillé au moins cinq ans,

  • disposer d'un projet de reconversion reconnu comme réel et sérieux.

Vous pouvez vérifier votre éligibilité sur le site dédié de France Travail : https://demission-reconversion.gouv.fr/

Démarches, montant et calendrier des versements

La démarche pour toucher son chômage sous forme de capital

La procédure est relativement directe et se fait en 3 grandes étapes :

  • Informer France Travail de l'existence d'un projet de reprise ou de création d'activité : à la suite de votre inscription sur France Travail, prenez rendez-vous avec votre conseiller le plus rapidement possible afin de lui exposer votre projet de reprise ou création d’entreprise. Vous pouvez également l’en avertir via la messagerie de votre espace France Travail en plus du rendez-vous, cela lui permettra de préparer votre entrevue.

  • Remplir votre demande d'ARCE,

  • Fournir un justificatif attestant de la création ou de la reprise (synthèse du guichet unique, extrait Kbis, etc).

Quelle somme pouvez-vous toucher ?

Sur le plan financier, depuis le 1er juillet 2023, le montant de l'ARCE est égal à 60 % du capital restant des droits à l'ARE. Une déduction de 3 % est appliquée au titre de la participation au financement des retraites complémentaires.

Le versement s'effectue en deux temps : la première moitié est versée lorsque l'activité débute, la seconde intervient six mois après. Pour obtenir ce second versement, il faut attester que l'activité non salariée existe toujours. Depuis le 1er avril 2025, une condition supplémentaire s'applique : ne pas exercer un emploi en CDI à temps plein au moment du second versement.

Un simulateur de France Travail est mis à disposition pour savoir combien vous pourriez toucher : simulateur pour savoir combien vous allez toucher pour l’ARCE.

Avantages, inconvénients et effets à court, moyen et long terme

Impact à court terme

L'ARCE présente un attrait évident pour les porteurs de projets nécessitant des investissements initiaux. Plutôt que de percevoir mensuellement des allocations réduites au gré des revenus d'entreprise, l'ARCE donne accès immédiatement à un capital qui peut constituer une injection de trésorerie significative.

Mais ce choix a un coût réel. À court terme, l'absence de revenus mensuels garantis peut créer une pression financière si l'activité tarde à décoller. L'ARE, à l'inverse, laisse le temps de tester l'activité sans pression immédiate, et convient particulièrement aux freelances ou micro-entrepreneurs qui n'ont pas encore de clients réguliers.

Impacts à moyen et long termes

À moyen terme, la fiscalité mérite attention. L'ARE et l'ARCE sont toutes deux imposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires. Si l'intégralité du capital est perçue la même année, cela peut entraîner une imposition plus importante.

À long terme, l'impact sur la retraite est non négligeable. L'option pour l'ARCE ne permet pas de valider des trimestres de retraite de base, contrairement au maintien de l'ARE qui, via l'inscription comme demandeur d'emploi, permet une affiliation au régime général de la sécurité sociale.

Que se passe-t-il si le projet échoue ? Peut-on reprendre ses droits ARE ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes, et la réponse est rassurante : un retour à une indemnisation classique reste possible sous conditions, en cas d’échec du projet. Si l'activité créée ou reprise a définitivement cessé, les droits à l'ARE qui restaient avant la création, diminués du montant de l'ARCE versé, peuvent être repris. La personne doit se réinscrire comme demandeur d'emploi dans un délai de trois ans à compter de la date d'admission, augmenté de la durée totale de ses droits à l'ARE initiaux.

La partie restante du capital de droits qui n'a pas été versée reste ainsi disponible pendant un certain délai : trois ans à partir de la date d'ouverture du droit, auxquels s'ajoute la durée des droits ouverts initialement. Au-delà, les droits sont définitivement perdus.